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jeudi 5 avril 2018

Val-Jalbert, tome 3 : Les soupirs du vent


Décembre 1939, Québec. Bouleversée par la perte de son dernier-né, Hermine s'est retirée auprès de son mari, Toshan, dans la cabane qu'il a construite, isolée en pleine nature. Quand Toshan s'engage dans l'armée canadienne pour libérer l'Europe du joug nazi, Hermine retourne avec ses enfants auprès de ses parents à Val-Jalbert, le village de son enfance situé sur les bords du Iac Saint-Jean.

Elle y sera confrontée aux non-dits qui hantent sa propre famille mais aussi au passé secret de sa belle-mère, qui ressurgira en menaçant la vie des siens. Seule pourra la préserver du danger sa demi-soeur métisse, Kiona, fillette aux pouvoirs surnaturels...


Mon avis

Peut contenir des spoils concernant L’orpheline des neiges et Le rossignol de Val-Jalbert.

Bien que plus gros, et plus long dans l’action, ce troisième volet des aventures des personnages de Val-Jalbert m’a beaucoup plus touchée et émue. J’ai trouvé les enjeux et les thématiques à la fois forts et sensibles.

Le début fut un peu ennuyeux, comme j’ai lu le deuxième tome il y a quelques semaines. Marie-Bernadette Dupuy prend une centaine de pages pour rappeler aux lecteurs ce qu’il s’est passé dans le tome précédent, tout en faisant avancer son histoire. Parfait quand on tarde trop entre les tomes. Bof quand on a (pour une fois !) été rapide dans notre lecture.

Hermine et ses proches vont vivre les débuts de la guerre. Toshan, son mari, décide de se porter volontaire dans l’armée, ne supportant pas qu’on opprime un peuple, comme les blancs ont pu opprimer les Indiens chez eux. C’est bien sûr un coup dur pour Hermine, qui doit en plus se remettre de la mort de son dernier-né, Victor, qui n’a pas survécu plus de deux semaines. Ajoutez à cela une vengeance vieille de plusieurs années, qui met toute la famille en danger.

Comparé au tome 2, j’ai trouvé le personnage d’Hermine beaucoup plus noble ici. Elle est démunie et abattue face à la mort de son fils. On peut imaginer qu’elle ne s’en relèvera pas, et pourtant elle décide de changer d’approche. Relever la tête, et ne pas craquer. Car des enfants, elle en a d’autres, des bien vivants, qui ont besoin d’elle. Malgré les épreuves, elle fait preuve de courage et saura montrer l’exemple et traverser les nombreuses tempêtes qui l’attendent. Elle m’a énormément plu dans cette nouvelle partie de sa vie. Alors qu’elle était pleine de doutes avant, elle a maintenant su faire les choix qui lui convenaient à elle, et ses proches.
Toshan a énormément évolué aussi. Beaucoup trop protecteur et dominant, il a su accepter la vie de sa femme. Je trouve leur couple très touchant ici. Empli d’amour et tous les aspects que cela comporte. Un couple ce n’est pas juste s’aimer, et Hermine et Toshan nous le prouvent plus d’une fois. L’amour possède quantité de nuances, et elles sont très justement montrées ici.
Contente que Laura soit plus effacée. C’est un personnage qui me court sur le haricot, avec ses crises de jalousies et de colère. Son bien-être passait toujours avant tout, et selon les situations, je trouvais ce comportement abusif.

Deux personnages récurrents depuis le premier tome prennent de l’ampleur ici. Charlotte et Simon ont toujours fait partie du décor, et chacun possède ses ambitions. Charlotte était une petite fille très sensible et touchante. Elle est maintenant jeune femme, et prend de l’assurance. Son comportement va parfois lui attirer les foudres de tout le monde. Bien sûr, quand on se compare à la grande Hermine Delbeau, chanteuse et mère courage, difficile de lui arriver à la cheville. C’est ce qui va faire défaut à Charlotte. Tout le monde a l’habitude de la voir dans les jupes d’Hermine, alors quand elle décide de prendre sa vie en main, parfois un peu maladroitement, les esprits s’échauffent.
Simon est le frère de cœur d’Hermine. Cette dernière a été élevée par les Marrois, les parents de Simon. Plus d’une fois, elle va être intriguée par son comportement et ses secrets. C’est un personnage qui était souvent trop secondaire, et j’ai beaucoup aimé la direction que lui donne l’autrice.

Par contre, tous les personnages ont tendance à très mal garder les secrets. Ce qui m’a fait rire plus d’une fois. Chacun promet de ne rien dire, et tous finissent par vendre la mèche. Qu’importe le secret, il est toujours trop lourd à porter. C’était parfois digne d’un épisode des Feux de l’amour.

Conclusion, de belles thématiques sont abordées. Des sujets qui, inscrits dans cette époque, prennent une tout autre dimension. Il a beau être plus long, il est beaucoup plus agréable à lire.


Autrice : Marie-Bernadette Dupuy
Éditeur : Le livre de poche
Collection : Le livre de poche
Parution : 9 septembre 2015
Pages : 1016

samedi 24 février 2018

Val-Jalbert, tome 2 : Le rossignol de Val-Jalbert

Noël 1932, près du Iac Saint-Jean, au coeur de la forêt québécoise. Hermine, dont on a fait la connaissance dans L'Orpheline des neiges, coule des jours heureux avec Toshan, son mari métis, et Mukki, leur enfant, un bébé de deux mois. Élevée comme une orpheline par des religieuses, celle que les habitants de Val-Jalbert surnomment le «rossignol des neiges», en raison de sa voix exceptionnelle, a renoncé à sa passion pour le chant. Elle s'est résolue à devenir une épouse et une mère de famille fidèle aux traditions québécoises. Mais peut-on empêcher un rossignol de chanter ? En cédant à l'appel de sa vocation, Hermine va réveiller les fantômes du passé...
Une magnifique saga, tumultueuse et romantique, autour d'une jeune femme déchirée entre la promesse d'une brillante carrière et ses attachements familiaux.


Mon avis

Peut contenir des spoils concernant L’orpheline des neiges.

Quel plaisir d’avoir enfin lu la suite de Val-Jalbert. Retrouver Hermine, Toshan et les autres. J’avais très peur de ne plus avoir beaucoup de souvenirs du premier tome, et finalement tout est très rapidement revenu. Les personnages, mais aussi leurs évolutions. Marie-Bernadette Dupuy a su parsemer le début de cette suite avec suffisamment de rappels sur les événements du premier, pour ne pas perdre son lecteur.

Elle a osé utiliser plus de vocabulaire du Québec, ce qui malheureusement n’allait pas toujours avec le rythme du récit. Quand un auteur québécois utilise ses expressions pour écrire, ça passe tout seul, quand un auteur français utilise des expressions qu’il ne maîtrise pas, ça se ressent. Sans que cela soit gênant, ça cassait parfois la dynamique du roman.

Hermine est maintenant jeune maman, et a laissé ses rêves de scènes et de chant derrière elle. Enfin presque. Sa mère, Laura, désespère de voir sa fille gaspiller son talent, en chantonnant à la maison. Toshan, le mari d’Hermine, est lui bien content que sa femme ne parcoure pas le monde pour chanter. Une femme se doit d’être à la maison, pour son mari et ses enfants. Ce sujet va entraîner plusieurs disputes et mensonges dans le foyer d’Hermine. Elle est à la fois touchante et agaçante. Qui ne serait pas assailli de doutes à sa place ? Comment faire pour concilier ses deux vies ? Être mère et chanteuse, est-ce possible ? Elle hésite souvent et longtemps, ce qui la rend réaliste à mon sens, mais également un peu énervante. Je la sentais aussi tiraillée par son époque. Dans les années 30, on pense aux suffragettes, et à l’indépendance que défendent de plus en plus les femmes. Hermine est encore très hermétique à tout ça, et pense avec le cœur. Mais elle comprend vite qu’elle ne peut pas être au four et au moulin. Ni faire plaisir à tout le monde. Entre les rêves de sa mère et ceux de son mari, où sont les siens ?
Laura m’aura beaucoup plus agacée que sa fille. Heureusement, elle finit par se rappeler que tous les reproches qu’elle lui fait sont égoïstes. Hermine aura été orpheline durant de nombreuses années, alors que ses parents l’avaient abandonné sur les marches du couvent-école de Val-Jalbert. Pour son bien, au départ, mais ça reste un abandon. Laura l’oublie assez régulièrement, et veut combler cette absence beaucoup trop rapidement, en ne pensant pas à Hermine, mais au talent que sa fille gâche. C’est un personnage en dents de scie pour moi. Qui agit trop vite, et ne pense pas assez à la portée de ses paroles.
Tout comme Toshan, qui nous avait vendu l’image du mari idéal. Et pourtant, maintenant qu’il est père, l’homme change radicalement. Hermine est sa femme, elle doit donc rester à la maison, et le suivre, qu’importe où il décide de vivre. Ses réactions énervent bien sûr ! On a envie de lui dire que des choix de vie se font à deux. Mais son époque rappelle encore une fois que les hommes choisissaient (et choisissent encore parfois, souvent) pour toute la famille, sans consulter les membres qu’elle contient, avant.
Rajoutez à ça des personnages hauts en couleur, qui refont surface ou disparaissent. Des secrets de famille bien enfouis, pas trop d’accord de rester sous silence. Des moments de partages et d’amour uniques et beaux.

C’était encore une fois un plaisir de se perdre dans ces gros pavés. On s’y sent bien, prêt à vivre des aventures, des moments de la vie de tous les jours et d’oublier son quotidien en plongeant dans celui de cette famille plutôt originale.

Ce que j’aime avant tout dans cette série, ce sont les paysages et les endroits. La neige est très présente, et apporte cette touche de rêve. L’histoire avance, et l’avancée de la technologie aussi. On voit arriver le téléphone et les voitures. Pourtant, Val-Jalbert semble encore très protégé de tout ça et avance doucement dans ce XXe siècle.

Le troisième tome m’attend. Et je ne compte pas le faire trop tarder.


Autrice : Marie-Bernadette Dupuy
Éditeur : Le livre de poche
Collection : -
Parution : 10 septembre 2014
Pages : 853

vendredi 5 février 2016

Val-Jalbert, tome 1 : L'orpheline des neiges

Auteur : Marie-Bernadette Dupuy
Editions : Le livre de poche
Collection : Références littérature 
Parution : 31 octobre 2012
Pages : 696
EAN-13 : 9782253162087

Janvier 1916. Dans le village de Val-Jalbert, sur les bords du lac Saint-Jean au coeur de la forêt québécoise, une religieuse découvre un bébé abandonné dans un ballot de fourrures, sur le perron enneigé du couvent-école. D'où vient ce poupon aux yeux si bleus, qui porte le nom de Marie-Hermine, comme en témoigne une courte lettre cachée dans ses vêtements ? L'enfant sera élevée et instruite par les soeurs du Bon-Conseil et souvent confiée à une jeune mère des environs, Élisabeth Marois. Dotée d'une voix exceptionnelle, au fil des années, l'orpheline gagnera le surnom de « rossignol des neiges »... Marie-Bernadette Dupuy nous offre ici une très belle histoire d'amour, documentée et puissante, empreinte du souffle glacé des longs hivers québécois, qui se déroule dans une région où rien ne doit mourir, rien ne doit changer...


Mon avis


J’avais vu le grand format de cette saga il y a… des années. Elle m’avait marquée. Lors d’une de mes énièmes visites à Emmaüs, je l’ai trouvé en poche, et j’ai sauté sur l’occasion. Et j’ai bien fait. Le premier tome de la série « Val-Jalbert / L'orpheline des neiges » est un petit cœur en chocolat, fondant et croquant à la fois.

L’auteure a pris la peine de se renseigner sur ce village Québécois, son histoire, ses habitants, et c’est d’autant plus agréable à lire. Elle nous fait traverser les belles années de Val-Jalbert à travers ses personnages riches et hauts en couleur. 690 pages qui passent à une vitesse folle, tant les secrets de chacun sont intéressants. Marie-Bernadette Dupuy nous entraîne dans une saga familiale, voire même villageoise je dirais.

Marie-Hermine est le personnage central de ces aventures. Orpheline, on la découvre à Val-Jalbert en 1916 âgée d‘une année, sur les marches du couvent-école que tiennent les sœurs. Rapidement, la petite fille va devenir l’enfant de tout le village. Les gens s’attachent à ce petit ange arrivé comme par magie. La jeune fille se passionne pour le chant, avec raison, sa voix est magnifique et lui vaudra le surnom du rossignol des neiges. Le caractère d’Hermine est celui d’une jeune fille douce, attentive et aimante. Elle qui n’a jamais connu sa véritable famille est heureuse de pouvoir compter sur tous les habitants de Val-Jalbert. J’ai aimé ce côté très doux et innocent, l’auteure l’a vraiment représentée comme un petit oiseau fragile, mais qui sait se servir de son bec pour se défendre. Elle n’a pas connu les siens, elle est donc très attachée aux valeurs familiales. Alors que les femmes prennent peu à peu leur indépendance, Hermine avance dans l’idée de construire une famille et d’être mère au foyer. Sa voix lui permettrait de voyager, mais elle ne veut surtout pas quitter son village chéri, malgré les gens qui partent, laissant Val-Jalbert pratiquement à l’abandon. La détermination dont Hermine fait preuve, à défendre son futur mode de vie, est honorable. Bien que je ne sois pas de son avis, j’étais heureuse de la voir avancer dans ses idées et ses envies, sans tenir compte des avis des gens.
 
On va rencontrer quantité d’autres personnages, et c’est ce que j’aime avec ce genre d’histoire, c’est la multitude de gens, de personnalités, de joies et de drames. Malgré le calme que pourraient inspirer ces villages paisibles, les tempêtes grondent bel et bien. Entre Joseph Marois, prêt à tout pour faire d’Hermine une véritable star, les sœurs du couvent-école qui imaginent la voie de leur protégée toute tracée au couvent de Chicoutimi, ou encore cette étrange veuve noire qui l’observe chanter au loin… il y a de quoi nourrir bien des intrigues.

En plus de l’ambiance même du roman, qui est formidable, l’auteure nous sert un décor de rêve. Les durs hivers canadiens sont bien réels et l’on s’y croirait. J’ai beaucoup aimé toutes les descriptions de paysages, que ce soit sous la neige, au bord des rivières ou encore dans les forêts d’érables rouges à l’automne. C’est un sans faute pour ce premier tome, qui possède une vraie fin. L’auteure nous donne la possibilité de nous arrêter là, ou de continuer avec le « Rossignol de Val-Jalbert » pour suivre les nouvelles aventures d’Hermine.  
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