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jeudi 27 septembre 2018

Les enfants de coeur


C’était le titre imprévu de la rentrée. Celui qui m’a fait de l’œil, alors que je n’en avais pas entendu parler. Après lecture du résumé, ces personnages me poursuivaient déjà.

"Rose et Pierrot sont arrivés en même temps à l’orphelinat. Bébés non désirés, ou impossibles à garder. Nous sommes en 1914 et des bouches à nourrir, il y en a bien assez. En grandissant, ils se trouvent des affinités et des points communs. Les religieuses sont formelles, si ces deux-là traînent trop ensemble, ils seront perdus ! Chacun y met du sien pour séparer les deux enfants, mais quand un lien se crée, difficile de le rompre."

Au départ, j’avais de la peine avec la plume de l’autrice. Je n’aimais pas les détails crus et sexuels qu’elle utilisait. C’est un texte brut, qui n’y va pas de main morte avec ses personnages. Que ce soit Rose ou Pierrot, chacun va découvrir la vie, comme personne ne devrait la découvrir. L’un va décoller pour mieux tomber, l’autre va se ratatiner la face sur le bitume avant de gravir les échelons.
Au fil de ma lecture, j’ai commencé à m’attacher à ces deux enfants éternels. Finalement, le style a fini par passer tout seul, et je trouvais même qu’il collait bien à l’univers. On arpente des rues sombres et inquiétantes, les lieux, s’ils ne sont pas luxueux, sont au contraire très sales et miteux.

Rose est une fille ni jolie ni vilaine, comme on dirait. Si elle n’avait pas cette imagination débordante, et un don pour le spectacle, elle passerait inaperçue. J’ai aimé ce personnage, bien que des facettes de sa personnalité me soient totalement passées à côté. Son côté espiègle complète parfaitement sa tendance à saisir les opportunités quand elles se présentent. Si quelque chose ne fonctionne pas, elle le contournera jusqu’à y parvenir.
Pierrot est sa face B. Prodige du piano, il se retrouve sans un sou du jour au lendemain, et va rapidement tomber dans la spirale infernale de la drogue. Jouer pour gagner, gagner pour consommer. Je l’ai malheureusement trouvé plus effacé que Rose. Je n’arrivais pas à me sentir proche de lui, pourtant il est attachant et touchant.

Rose et Pierrot baignent dans un monde provocant. Chacun va développer rapidement, et durant l’enfance, une certaine vision de la vie sexuelle. Au départ, ils la découvrent de façon brutale, et très vite cette vision sera la leur, sans qu’on leur laisse le choix. J’ai été particulièrement touchée par cet apprentissage. Les relations sexuelles sont souvent des instants importants et sacrés, dans la vie. Sujet sensible et tabou, l’autrice dévoile ici des pensées et des actes intimes. Plus on avance dans le texte, plus on s’y fait. Plus on comprend leur vision de ces moments. On y parle aussi de maternité, d’enfants non désirés, avortés ou encore perdus.

À côté de ça, il y a les spectacles et la musique. Les passions des deux protagonistes. Ce qui les pousse à se lever chaque matin, à gagner un peu d’argent par-ci par-là. Prouver qui ils sont et qui ils peuvent devenir. Malgré les bâtons dans les roues, ou la drogue, ou les mensonges. Tomber pour mieux se relever, telle est leur devise. Si leur milieu est crade, tant pis, ils feront avec.

Ce roman est une ode à la vie. Il nous pousse à croire en nos rêves. Ne jamais laisser tomber, et toujours aller de l’avant. Rien n’a été facile pour Rose et Pierrot, pourtant ils ne lâchent rien, et leurs faiblesses deviennent rapidement leurs forces.




Auteur : Heather O'Neill
Éditeur : Seuil
Collection : Cadre vert
Parution : 16 août 2018
Pages : 475

jeudi 11 mai 2017

Le goût du bonheur, tome 3 : Florent

Les turbulences de la vie et de la guerre ont brisé Adélaïde. Seule la très ancienne affection de Florent éclaire encore ses journées. Et ce dernier, devenu un couturier célèbre dans le monde entier, n'a pas été épargné lui non plus : il entretient désormais une liaison agitée avec un acteur. Il va devoir une fois encore soutenir sa vieille amie car Adélaïde finit par tout apprendre sur son défunt mari... mais est-il encore temps de souffrir ?

Les destins se heurtent et se conjuguent à la recherche d'une sérénité incertaine et toujours dérobée. Même si le sort en est jeté, les personnages ballottés par la vie conservent, envers et contre tout, le goût du bonheur...


Mon avis

Attention, peut contenir des spoils concernant les tomes précédents : Gabrielle et Adélaïde 

1090 pages, et me voilà au bout des aventures de Gabrielle, Adélaïde et Florent. Depuis que j’ai refermé ce troisième tome, je suis en deuil, en quelque sorte. Je lis d’autres choses, mais rien ne me semble à la hauteur. Ces personnages et leurs aventures sont encore trop ancrés en moi pour que je ne pense pas constamment à eux. Ils m’ont apporté tant de joie et de peine, j’ai vécu tellement de choses avec eux, que c’est comme perdre de vue quelqu’un de proche. Ils nous manquent. On se demande ce qu’ils deviennent.

Marie Laberge a réussi à écrire une saga passionnante, qui se déroule sur 40 ans. Les changements et les actions sont minimes, mais ils donnent un rythme soutenu à ces histoires. J’ai eu la chance de la rencontrer lors d’une conférence à la bibliothèque de la ville de Fribourg, le lundi 1er mai. Elle parlait de cette trilogie et de ce qui l’a inspirée. La mode certes, beaucoup à travers Florent, mais surtout la parole des femmes. Les droits qu’elles ont commencé à obtenir. On rencontre Gabrielle, qui est une révolutionnaire inconnue, une femme comme les autres qui, par quelques gestes, attribue une nouvelle place aux femmes. J’aime dire que Gabrielle est l’étincelle et que sa fille Adélaïde est la flamme.

On la retrouve d’ailleurs dans un sale état, notre Adélaïde. La fin du deuxième tome fut un véritable calvaire pour tout le monde. Mais malgré son chagrin, elle reste debout. Fait des erreurs, comme tout le monde, se comporte de manière intempestive et s’excuse. Florent se cherche encore beaucoup. Il est tout aussi atteint par la perte de ces êtres chers, mais rien ne lui fera abandonner son Ada, sa muse de toujours. Son âme sœur. Celle pour qui il donnerait tout. Il va devoir apprendre à se reconstruire lui aussi. Beaucoup grâce à Léa, cette petite fille pleine de vie et de charme. Ses déceptions amoureuses vont lui mener la vie dure. Et puis, il y a Léah, Lili, cette jeune femme qui est une parfaite continuité des idées d’Adélaïde (je pense notamment à sa grande tirade de fin). Rencontrer des personnages, comme ces femmes et ces hommes, ne peut qu’encourager à poursuivre nos rêves, à croire en nous et nos talents. Oui, nous ferons tous des erreurs, comme eux, mais se relever est toujours possible, comme eux.

Merci, Madame Laberge, pour ces messages d’espoir, d’acceptation et d’ouverture d’esprit que vous faites passer à travers vos romans. Cette trilogie est plus qu’une saga familiale, c’est une saga de vie. On apprend tant de choses sur les autres et sur nous-mêmes en les lisant ! J’ai pleuré. Mais j’ai également beaucoup ri. J’ai appris des choses. J’ai réfléchi. J’ai fait tout ça grâce à vos personnages et leurs aventures. J’ai eu peur également. La folie de certains nous met mal à l’aise, mais on n’oublie pas de les aider, comme on peut.

Petit P.S. Merci pour Germaine. Merci de lui avoir accordé cette fin.


Autrice : Marie Laberge
Éditeur : Pocket  
Collection : Best
Parution : 7 juin 2007
Pages : 1103
EAN-13 : 9782266167628



vendredi 17 mars 2017

Le goût du bonheur, tome 2 : Adéläide

Les étés immuables sur l'île québécoise d'Orléans sont à jamais perdus. La guerre et les réquisitions ont dispersé la plupart des hommes. Et le destin s'acharne sur Adélaïde, désormais épouse du brillant Nicholas McNally sans cesse menacé par la démence de sa propre soeur. Adélaïde, elle, reste droite malgré tous les déchirements qui l'assaillent. Si la jeune femme conserve le goût du bonheur en pleine tragédie, c'est à Florent qu'elle le doit, cet ami de toujours dont la tendresse défie les années. Pour combien de temps encore ?


Mon avis

Peut contenir des spoilers concernant le tome précédent Le goût du bonheur, tome 1 : Gabrielle.

Si j’ai lu le premier tome au ralenti, j’ai dévoré la suite de la trilogie de Marie Laberge : Le goût du bonheur. Ces romans auront ma peau. J’ai terminé Adélaïde un dimanche soir, et j’étais en larmes. Cette fin est insupportable. Déchirante. Pire que celle du premier tome !

Comment revenir sur ce second volume ? Premièrement, il ne possède pas ce fameux bémol que je souligne régulièrement, ce n’est pas un tome passerelle. Il possède sa propre intrigue, ses moments de doute et de joie. Marie Laberge m’impressionne toujours avec sa plume, mais également avec ses personnages certes nombreux, mais tous attachants. Souvent, je galère quand il y a trop de personnages, mais ici, impossible de se tromper ou de confondre. Chacun possède son rôle, et on s’attache à tout le monde. L’autrice fait évoluer son histoire sans heurt, alors que la fin du premier tome était difficile, autant pour les personnages que pour les lecteurs.

Au début, Adélaïde est en proie à de nombreux doutes. Elle doit affronter la colère de son père. Faire le deuil de sa mère, et se consoler du départ de son amant. L’enfant qu’elle porte alors aurait pu la détruire socialement à jamais. C’était sans compter sur le dévouement de Nic, qui la prend sous son aile. Quand on y repense, Adélaïde a beaucoup de chance. Et pourtant, elle va traverser de nombreuses épreuves. Je pourrais parler de cette femme pendant des heures. Elle est tout ce que j’admire. Adélaïde croit en ses idées et se bat pour qu’on l’écoute et qu’on la respecte. Dans une société qui prône le savoir-vivre, elle est je trouve la plus tolérante et ouverte d’esprit. Malheureusement, elle est la victime de beaucoup de préjugés, alors qu’elle est la première à défendre les droits de femmes et à refuser certaines coutumes religieuses qui condamnent les pêcheurs sans raison valable. C’est naturellement qu’Adélaïde fait face à tout ça, enceinte, et ensuite mère avec un mari parti à la guerre.

Plusieurs choses m’ont marqué dans ce roman. J’en parle plus haut, mais notamment le décalage entre la vraie vie et la politique ecclésiastique. On sent que l’église n’est plus à sa place, et n’évolue pas assez comparé au monde. En Europe, la guerre fait rage, et les personnages de Laberge s’insurgent contre cet acharnement qu’a Hitler sur les juifs. Que ce soient les personnages croyants et non croyants, chacun possède sa part de vérité, chacun va expliquer à l’autre son ressenti. C’est une ouverture d’esprit assez grande pour cette époque de trouble.
La seconde chose qui m’a marqué, et qui marque Florent dans le roman également, c’est la proximité entre les riches et les pauvres. D’une rue à l’autre, on dégringole d’une classe sociale à une autre. Les riches sont très riches, tandis que les pauvres ne peuvent pas se chauffer l’hiver. Et le personnage de Florent est le plus légitime pour ressentir cette différence. Il est conscient de sa chance, mais refuse beaucoup du luxe qu’on lui offre. Tout ça le dérange. Et va nous déranger, nous lecteurs, également.
Et bien sûr, comment parler de ces romans sans parler des femmes ? Gabrielle avait allumé la mèche dans le premier tome, sa fille reprend parfaitement le flambeau et transforme une petite flambée en feu de joie ! Son tempérament est une véritable révolte pour de nombreux personnages masculins. Qui se sentent dépassés par cette femme sûre d’elle et pleine d’idées pour l’entreprise qu’elle gère à la place de son mari. Nic peut d’ailleurs recevoir une médaille pour son comportement envers sa femme, pour l’époque à laquelle ils vivent. Ces couples (j’avais déjà souligné l’avancée de celui de Gabrielle et Edward dans le premier) sont avant-gardistes. Ils veulent prouver que l’homme et la femme sont sur un pied d’égalité. Et ça fait du bien.

Comme pour Gabrielle, Marie Laberge ajoute beaucoup de cachet à son histoire en passant avec aisance d’un personnage à un autre. On navigue de page en page sans jamais se lasser. Ça coule de source. Tout est calme et plat, on prend plaisir à suivre ces personnages attachants, quand soudainement une énorme vague vient tout ravager, et bien sûr, c’est toujours sur les dernières pages que cette vague arrive. Nous laissant dans un état à la limite de l’inconscience. Elle m’a ravagé le cœur ! Si le troisième tome poursuit et termine sur cette lancée, cette trilogie aura pour sûr mon coup de cœur ! Le deuxième l'a déjà en tout cas, impossible de ne pas le lui attribuer.


Autrice : Marie Laberge
Éditeur : Pocket
Collection : Best
Parution : 3 mai 2007
Pages : 949
EAN-13 : 9782266167611


mardi 21 juin 2016

Le coeur des louves

Auteur : Stéphane Servant
Editeur : Rouergue
Collection : DoaAdo
Parution : 21 août 2013
Pages : 541
EAN-13 : 9782812605581

Célia est arrivée seule, à la fin de l'été.
Livrée à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son Iac Noir.
Leur retour réveille de vieilles histoires.
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse.
Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours.
On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut.
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions.
Et se faire louve pour ne pas être proie.


Mon avis



Est-ce qu’on devine un coup de cœur ? Est-ce qu’en commençant un livre on espère qu’il en sera un ? Je ne savais, pour ma part, encore rien du Cœur des louves de Stéphane Servant. J’avais lu la quatrième, certainement, avant de l’acheter, mais c’était il y a un moment. Et si un livre se trouve dans ma PAL, c’est pour une bonne raison en général, je n’ai donc pas besoin de relire le résumé.

Dans ce livre, j’ai découvert bien plus qu’une histoire passionnante, j’y ai découvert une plume. Une plume complexe, qui ne prend pas son lectorat pour des débiles. La collection Doado est peut être faite pour les adolescents, mais les textes qu’ils y proposent peuvent, souvent, facilement être lus par un lecteur plus âgé. Je suis certaine que ma mère adorerait ce livre d’ailleurs. Stéphane Servant ne cherche pas à simplifier son histoire, il l’écrit sûrement comme elle lui vient. Son héroïne est une adolescente, d’accord, mais pas une sous-douée pour autant. Oui, peut être que des fois il s’attarde trop sur des passages insignifiants qui n’apportent au final aucun plus à l’histoire, mais on sent qu’il aime jouer avec les mots et les nuances qu’ils peuvent provoquer. Son roman est à la fois dur et poétique. Un rocher pointu enveloppé de plumes.

Célia arrive au village de sa grand-mère. Elle est la première sur les lieux, sa mère Catherine la rejoindra d’ici un jour ou deux. Même si Célia connaît ce village pour y être venue durant les vacances chez sa grand-mère Tina, elle doit maintenant le redécouvrir par ses propres moyens. Tina est décédée, et avec elle tous les secrets du passé se sont retrouvés enterrés dans une vieille chambre, fermée à clé. Mais sur son passage, la jeune fille sent que quelque chose cloche. Les gens la regardent de biais, et elle comprend rapidement que sa grand-mère était traitée comme une sorcière et une putain. Célia décide de comprendre ce qui a bien pu se passer, des années auparavant.
On entre alors dans le vif du sujet, avec des flash-back à la première personne qui commencent à nous donner des indices. Célia, curieuse, qui pose de plus en plus de questions, rassemble et recolle les morceaux. Tina, l’étrangère qui vient du Nord. Les loups qui hantent ce village de montagne. Les hommes craintifs face à ces bêtes, face à la guerre… face aux femmes. Puis dans le présent, Alice, la fille du moulin, qui gambade la nuit dans la forêt. Catherine et son nouveau roman qu’elle tient à garder secret. Tout est de trop pour paraître normal. Puis enfin, la lumière se fait. Comme un lever de soleil, progressivement, les nœuds du passé se dénouent.

Comment ne pas succomber à cette histoire ? Elle dénonce la faiblesse des hommes. La peur de voir une femme qui ne les craint pas, qui ne se soumet pas et qui ne les écoute pas. Comment des années plus tard, les générations futures de ces mêmes hommes, sont toujours possédés par les mêmes peurs. Veulent toujours garder les femmes dans l’ignorance pour qu’elles ne tentent pas de se rebeller. À cela s’ajoute la peur du dehors, de ce qui ne vient pas du village. « Car tant que nous sommes entre nous, rien ne peut nous arriver », tout est sous contrôle, le monde leur appartient. Un monde si petit. Qui s’effrite…
On retrace également les failles de l’adolescence. La transformation du corps et de l’esprit. Comment tout se met à tanguer à cet âge-là. L’auteur utilise une image splendide pour décrire l’évolution et les moments de recherche d’Alice et Célia. Puis enfin, la famille. Le centre même de cette histoire.

L’ambiance de ce roman est mystique. J’ai aimé découvrir ce village, presque englouti par la montagne. On croit que le temps s’y est arrêté, que ce soit dans les mentalités, ou dans les décors. Tout est à sa place, et pour le mieux, ne devrait pas en bouger. Puis les forêts, le lac Noir, et les bêtes. L’atmosphère idéale, pour un roman hors du commun. Des secrets et des révélations, des mensonges et des faux espoirs. J’ai succombé au Cœur des louves, je le sais, car ma tête ne peut s’empêcher de penser à lui, de rejouer certaines scènes, de repenser à ces personnages.

vendredi 1 avril 2016

D'après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan
Editeur : JC Lattès
Collection : -
Parution : 26 août 2016
Pages : 477
EAN-13 : 9782709648523


"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.



Mon avis


En général quand c’est un coup de cœur, on a envie d’en parler. Longuement, en détails, en faire des tonnes, pour donner envie à d’autres de se jeter dessus. Je le ferais volontiers pour celui-ci aussi. Ce livre me poursuit tellement que j’ai envie de les décortiquer, et d’analyser chacun des passages. Mais… je ne peux pas. Car finalement moins on en sait sur ce livre, plus on l’apprécie. Donc voilà, c’est l’avis le plus court de ce blog, mais je ne vous en dirais pas plus. Ce roman est une pépite, un véritable coup de maître ! C’est tout ce que je peux vous dire. On en ressort pas indemne. Donc foncez.


jeudi 31 mars 2016

Dylan Dubois

Auteur : Martine Pouchain
Editeur : Sarbacane
Collection : Exprim'
Parution : 4 novembre 2015
Pages : 299
EAN-13 : 9782848658216

Après un an en foyer, Dylan, un garçon de 16 ans tendre et solitaire, rentre chez lui... où une surprise l'attend : son père a remplacé sa mère, partie trois ans plus tôt.
A priori, Dylan n'a rien contre Cynthia, sa séduisante belle-mère. Sauf quand elle met son chien Rusty dehors « parce qu'elle ne supporte pas son odeur ». Et puis, Dylan ne comprend pas pourquoi son père mute caniche dès qu'elle le siffle...
Mais le pire, c'est quand il comprend. Cynthia n'est pas juste une belle-mère désagréable : c'est une machine à démolir les gens.
Dylan n'a plus qu'une issue : se tirer avec Rusty, ¤ direction la foret !


Mon avis



Mon amie Virginie m’a offert ce livre pour Noël, et c’est tout naturellement que nous avons décidé de le lire en lecture commune. 2016 est déjà bien entamée, et mon premier coup de cœur de l’année est arrivé. Dès les premières lignes, je savais que ce livre en avait sous la couverture, mais les dernières furent révélatrices à mon coup de cœur !

Martine Pouchain m’a transportée avec son style rural, proche de ses lecteurs, sans paraître trop « djeuns » ou à côté de la plaque. Elle donne vie à Dylan de manière naturelle. Sa plume habite complètement son personnage, on s’attache à lui, et on ne veut plus le quitter. Plus l’histoire avance, plus elle en devient malsaine pour ces héros d’aujourd’hui. Mais la libération n’est pas loin, une solution drastique qui n’ouvrira pas les yeux qu’à Dylan.

Dylan Dubois a fait une année de foyer, alors que son père accro à la bouteille n’arrivait plus à s’occuper de lui. Mais maintenant, tout ceci est derrière la petite famille, qui est sur le point d’être recomposée. Cynthia est la nouvelle copine du paternel, et même si avec ses yeux de poupée on lui donnerait le bon Dieu sans confession, Dylan… ne la sent pas. Et effet, cette bonne femme n’était pas vraiment pressée de voir revenir le rejeton de son futur mari. Bonnes manières par devant, et coups de pute par derrière, Cynthia est une véritable diablesse. Alors avant que ça foire, Dylan préfère foutre le camp !
La première moitié du roman se concentre sur la nouvelle relation familiale. Si cela peut paraître long à la base, vu que le cœur du roman est la partie aventure en solo de Dylan, il n’en est rien ! L’auteure répand une sorte d’aura sur les pensées de notre protagoniste, qui nous séduisent du début à la fin. On veut en apprendre plus sur Dylan, on aime sa manière de penser et de voir la vie. Chaque monologue interne du jeune homme est passionnant.
Quand il décide de partir, commence alors une autre histoire. Celle d’une rédemption, d’une découverte de son être profond. Quelque chose de naturel, mais de mystique également. Il prend le temps de s’arrêter sur les petits bonheurs de la vie, de prendre son temps, de compter sur la bonté des gens. C’est peut-être le seul aspect étrange de ce roman, Dylan tombe les 90 % du temps sur des gens adorables, prêts à lui rendre service. Tant mieux. Mais ne serait-ce pas légèrement utopique ? Ou alors notre société est tellement mal dépeinte par les médias qu’on en oublie la gentillesse des gens.

L’atmosphère de ce roman a tout pour me plaire. C’est exactement le genre d’état d’esprit qui me colle à la peau. S’évader, partir et ne revenir que quand on sera prêt. Mettre les voiles, juste pour se soulager d’un poids qu’on ne contrôle plus. Se perdre à contempler le vide, le paysage et le temps qui passe. Ce roman est une véritable bouffée d’espoir ! Voir des forêts, des gens gentils et des problèmes qui finissent par s’arranger. De quoi vouloir aller de l’avant.

vendredi 21 août 2015

Avenue des géants

Auteur : Marc Dugain
Editeur : Gallimard
Collection : Blanche
Parution : 13 avril 2012
Pages : 361
EAN-13 :  9782070132355

Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam. 


Mon avis

Mylène m'avait offert ce livre pour l'un de mes anniversaires. Et il a prit la poussière. Alors je l'ai mit dans ma Book Jar reliques de la PAL. Il en est sorti pour ce mois d'août, et j'ai été ravie.

J'avais adoré l'auteur dans "L'insomnie des étoiles" paru en 2010. Par la suite ses autres romans ne m'attirait pas forcément, c'est toujours le cas, sauf pour celui ci. Rien que le titre a réveillé quelque chose en moi. Cette voiture sur le bord de la route, et ses grandes étendues. A quoi m'attendais-je ? Aucune idée. Je voulais lire ce livre, comme une nécessité. Et ce style m'a transporté dès les premières lignes. L'auteur mène une seule histoire en parlant du présent et du passé. Sans jamais vraiment nous dire où l'on se trouve, nous n'en avons pas besoin, on le reconnait rapidement à chaque début de chapitre. C'est agréable et fluide... j'ai avalé ce roman sans m'en rendre compte.

Al est un personnage tellement étrange. Je m'y suis attachée dès les premières pages, même s'il est horrible sur bien des aspects. Je n'ai pas pu le détester, malgré tout. Il m'a intrigué autant ado qu'adulte. Son cerveau est une machine qui ne se repose jamais. Toujours en quête de quelque chose, une taille qui l'empêche de faire beaucoup de choses, qui impressionne également. Ca le rend à la fois sympathique et effrayant.

Cette ambiance! J'aurais pu restée entre les pages de Dugain toute ma vie je pense. Décidément c'est une époque que je n'ai pas connu mais qui me manque. C'est étrange à dire, mais j'ai ce sentiment face aux années '70. Al est totalement opposé au mouvement hippie, et pourtant j'ai aimé les aperçues que nous en donne l'auteur. "Ces femmes hippies, il suffirait d'appuyer sur un bouton sur leur tête pour qu'elles ouvrent les cuisses". Il est révolté de voir que la jeunesse, sa jeunesse part en fumé, et perd son temps à trouver une nouvelle manière de vivre, il n'arrive pas à comprendre. On ne s'arrête pas là bien sur. Des routes et des campagnes à perte de vue. C'était comme si j'y étais. Des moments de solitudes sur une veille bécane, des idées confuses qui ne s'arrêtent jamais dans l'esprit d'Al. 

Parfois on s'épanche sur des coups de coeur, on veut en parler encore et encore. Avenue des Géants me donne l'impression inverse. Comme si j'avais envie de le garder avec moi, en moi pour toujours, sans jamais vraiment en parler. C'est un livre particulier, qui a su trouvé sa place dans mon coeur. Jusque dans les dernières lignes... 

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