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mardi 25 septembre 2018

Le bruit du dégel


Toujours dans les romans de cette rentrée, Le bruit du dégel avait tout pour me plaire. Une couverture copiée/collée sur celle de Café Givré (idéal pour un Cold Winter Challenge d’ailleurs), et des histoires dans une histoire.

"Jean, une vieille femme seule dans sa grande maison, met Kate, une inconnue venue frapper à sa porte pour une étude, au défi d’arrêter de boire du jour au lendemain. Si Kate reste sobre durant cinq jours, Jean lui racontera son histoire. Un peu étonnée par cette demande, Kate décide de jouer le jeu, car cette vieille femme en train de couper du bois, seule dans sa maison, l’intrigue. Les jours vont se succéder et les histoires aussi, sont-elles toutes vraies, ça… c’est une autre paire de manches."

Ce livre est envoûtant. Le titre est une belle métaphore sur le temps qu’il faut pour se remettre à vivre. Le dégel est une mélodie lente qui enchante, qui libère les corps et les esprits. Kate va succomber aux chants des sirènes, et aux histoires de Jean. De jour en jour, sa sobriété va lui révéler la vie comme elle l’est vraiment. Les réactions de Laurits, son colocataire/amant, et ses propres centres d’intérêt qu’elle avait laissés de côté pour adhérer à ceux de Laurits. Kate est durant une bonne partie du roman un personnage passif. Elle écoute, et constate les effets de ces histoires sur elle. Sa passivité va évoluer jusqu’à s’effacer complètement. Elle est comme une chenille dans sa chrysalide, et le papillon qui en sort enfin. Le cheminement de ce personnage m’a beaucoup plu. Et son avancée est très douce, rien de brusque. L’auteur la laisse aller à son rythme.

Jean est ambiguë. On sait qu’elle ne raconte pas tout, qu’elle oublie volontairement certains détails. Ses histoires sont celles de sa vie, de celles de ses proches et toutes les conséquences qu’elles auront sur elle. Je vous disais dans la chronique sur Nous, les vivants, que je n’avais pas accroché au message philosophique du roman. On retrouve, pour moi, un peu le même genre de message, mais mis en avant de façon radicalement différente. Jean interprète la sage, et Kate la disciple qui écoute et apprend. John Burnside s’y prend mieux, avec beaucoup de délicatesse.

Sa plume est tendre, malgré les scènes parfois difficiles et les prises de conscience de ses personnages. Il arrive à dégager des atmosphères différentes selon les lieux du roman. La maison de Jean était pour moi l'emblème même du cosy. J’y voyais des fauteuils avec de gros coussins, des pâtisseries, et beaucoup de thé. J’avais envie de voir une maison douillette, pour cette femme à la vie cabossée. Un endroit accueillant, dans lequel Kate vient se réfugier avec plaisir. Vient apprendre et désapprendre.
Au contraire de la chambre de Kate qui est blanche, et froide. Là aussi, j’y voyais une ressemblance avec l’esprit de son occupante. Une page vierge, sur laquelle les gens écrivent leurs propres histoires, sans lui laisser le temps d’écrire la sienne.

C’est un beau roman, avec de la sagesse et de la philosophie, enrobées dans des histoires de vies parfois simples et parfois torturées.  


Auteur : John Burnside
Éditeur : Métailié
Collection : Bibliothèque Écossaise
Parution : 23 août 2018
Pages : 361


lundi 27 août 2018

Manuel de survie à l'usage des jeunes filles


La rentrée littéraire est arrivée ! Chaque année, c'est le même battage médiatique autour, mais cette fois, pas d’autre choix que de m’y intéresser un peu. Depuis janvier, ce rayon me revient à 50 % avec ma binôme. C'est un nouveau challenge qui me plaît.
Quand les premières épreuves de la rentrée sont arrivées, j’ai fait ma petite sélection et l’un de mes premiers choix s’est porté vers ce titre à rallonge, et à la couverture enneigée (ô surprise).

Première constatation, c'est que le titre anglais est très court, alors que la version française n’a rien à voir. En anglais, le surnom du personnage principal suffit, et n’aurait peut-être pas été assez clair pour le lectorat francophone.
Le style de l’auteur est assez contemplatif, et même si j’ai apprécié ma lecture dans l’ensemble, quelques paragraphes ont été sautés pour aller au cœur du roman. La narration se fait à travers le personnage de Sal, qui décrit chacune de ses actions. Si au début j’ai trouvé ça sympa, au bout de 100 pages, j’avais envie qu’elle accélère un peu. Pourtant, la raison de leur nouvelle vie en pleine nature m’a beaucoup touchée. J’étais aussi très impressionnée par toutes les connaissances concernant la survie emmagasinées par Sal.

" Elle est le personnage enfant qui a dû grandir trop vite pour le bien de sa petite sœur. Sa mère est une alcoolique sans le sou, dont le nouveau copain abuse facilement et avec plaisir de sa fille. Pour éviter le même sort à sa sœur, Sal met tout en œuvre pour partir et vivre librement. Leur venue dans la forêt est planifiée depuis des mois. "

Sal m’a fait penser à une mini Dexter par moment, dont les émotions ont été coupées. Son esprit est pratique, et rarement dans l'émotionnel. Ce qui la rend attachante par moment, car on se souvient pourquoi elle est là et tout ce qu’elle a traversé, mais elle est aussi très distante par sa rudesse.
Peppa est l'exact inverse. C'est une petite fille pleine d’imagination, avec un débit de parole important. Au grand malheur de sa sœur, elle ouvre la bouche souvent trop rapidement. Les deux forment un duo improbable et complémentaire.
J’ai eu un peu de peine à croire à la facilité avec laquelle elles vivent dans les bois. Ce sont des enfants de 10 et 13 ans, et tout ce qu’a appris Sal se trouve sur YouTube ou les émissions de Bear Grylls. Voir et faire sont deux choses différentes, et dans sa globalité, tout se passe très bien, peut-être trop bien pour que ça soit vraiment réaliste et plausible.

Pour moi, le bémol de cette lecture, c’est le rythme. Il est un peu lent, et l’auteur s’arrête sur une quantité impressionnante de détails. Pourtant, les récits dans le récit sont intéressants, et même très plaisants à découvrir, sans pour autant faire de l’ombre à l’aventure des deux sœurs.
J’ai été par contre ravie de découvrir les décors de la forêt écossaise. Je cherchais de la neige et du froid, j’ai été servie. Là où le style colle parfaitement, c’est avec les moments de silence dans les bois. Ces passages étaient très beaux, avec une petite touche de sagesse enfantine très agréable.


Auteur : Mick Kitson
Éditeur : Métailié
Collection : Bibliothèque écossaise
Parution : 30 août 2018
Pages : 240



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