Editeur : Rouergue
Collection : DoaAdo
Parution : 21 août 2013
Pages : 541
EAN-13 : 9782812605581
Célia est arrivée seule, à la fin de l'été.
Livrée à elle-même dans la vieille maison,
elle attend sa mère. Le village est toujours pareil,
perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes
de forêts et son Iac Noir.
Leur retour réveille de vieilles histoires.
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse.
Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours.
On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes
qui font la loi, par la force s'il le faut.
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses,
elle devra se tailler un chemin, entre mensonges
et superstitions.
Et se faire louve pour ne pas être proie.
Mon avis
Est-ce qu’on devine un coup de cœur ? Est-ce qu’en commençant un
livre on espère qu’il en sera un ? Je ne savais, pour ma part, encore rien
du Cœur des louves de Stéphane Servant. J’avais lu la quatrième, certainement,
avant de l’acheter, mais c’était il y a un moment. Et si un livre se trouve
dans ma PAL, c’est pour une bonne raison en général, je n’ai donc pas besoin de
relire le résumé.
Dans ce livre, j’ai découvert bien plus qu’une histoire passionnante,
j’y ai découvert une plume. Une plume complexe, qui ne prend pas son lectorat
pour des débiles. La collection Doado est peut être faite pour les adolescents,
mais les textes qu’ils y proposent peuvent, souvent, facilement être lus par un
lecteur plus âgé. Je suis certaine que ma mère adorerait ce livre d’ailleurs.
Stéphane Servant ne cherche pas à simplifier son histoire, il l’écrit sûrement
comme elle lui vient. Son héroïne est une adolescente, d’accord, mais pas une
sous-douée pour autant. Oui, peut être que des fois il s’attarde trop sur des
passages insignifiants qui n’apportent au final aucun plus à l’histoire, mais
on sent qu’il aime jouer avec les mots et les nuances qu’ils peuvent provoquer.
Son roman est à la fois dur et poétique. Un rocher pointu enveloppé de plumes.
Célia arrive au village de sa grand-mère. Elle est la première sur les
lieux, sa mère Catherine la rejoindra d’ici un jour ou deux. Même si Célia
connaît ce village pour y être venue durant les vacances chez sa grand-mère
Tina, elle doit maintenant le redécouvrir par ses propres moyens. Tina est
décédée, et avec elle tous les secrets du passé se sont retrouvés enterrés dans
une vieille chambre, fermée à clé. Mais sur son passage, la jeune fille sent
que quelque chose cloche. Les gens la regardent de biais, et elle comprend rapidement
que sa grand-mère était traitée comme une sorcière et une putain. Célia décide
de comprendre ce qui a bien pu se passer, des années auparavant.
On entre alors dans le vif du sujet, avec des flash-back à la première
personne qui commencent à nous donner des indices. Célia, curieuse, qui pose de
plus en plus de questions, rassemble et recolle les morceaux. Tina, l’étrangère
qui vient du Nord. Les loups qui hantent ce village de montagne. Les hommes
craintifs face à ces bêtes, face à la guerre… face aux femmes. Puis dans le
présent, Alice, la fille du moulin, qui gambade la nuit dans la forêt.
Catherine et son nouveau roman qu’elle tient à garder secret. Tout est de trop
pour paraître normal. Puis enfin, la lumière se fait. Comme un lever de soleil,
progressivement, les nœuds du passé se dénouent.
Comment ne pas succomber à cette histoire ? Elle dénonce la
faiblesse des hommes. La peur de voir une femme qui ne les craint pas, qui ne
se soumet pas et qui ne les écoute pas. Comment des années plus tard, les
générations futures de ces mêmes hommes, sont toujours possédés par les mêmes
peurs. Veulent toujours garder les femmes dans l’ignorance pour qu’elles ne
tentent pas de se rebeller. À cela s’ajoute la peur du dehors, de ce qui ne
vient pas du village. « Car tant que nous sommes entre nous, rien ne peut
nous arriver », tout est sous contrôle, le monde leur appartient. Un monde
si petit. Qui s’effrite…
On retrace également les failles de l’adolescence. La transformation
du corps et de l’esprit. Comment tout se met à tanguer à cet âge-là. L’auteur
utilise une image splendide pour décrire l’évolution et les moments de
recherche d’Alice et Célia. Puis enfin, la famille. Le centre même de cette
histoire.
L’ambiance de ce roman est mystique. J’ai aimé découvrir ce village,
presque englouti par la montagne. On croit que le temps s’y est arrêté, que ce
soit dans les mentalités, ou dans les décors. Tout est à sa place, et pour le
mieux, ne devrait pas en bouger. Puis les forêts, le lac Noir, et les bêtes.
L’atmosphère idéale, pour un roman hors du commun. Des secrets et des
révélations, des mensonges et des faux espoirs. J’ai succombé au Cœur des
louves, je le sais, car ma tête ne peut s’empêcher de penser à lui, de rejouer
certaines scènes, de repenser à ces personnages.






