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mardi 9 mai 2017

Chanson douce

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Mon avis

La vie est remplie de premières fois, celle d’aujourd’hui est d’avoir lu un prix littéraire. Et pas n’importe lequel, le Goncourt 2016. Je me souviens que ma première année d’apprentie libraire avait été marquée par Alabama Song de Gilles Leroy. C’était en 2007, et notre professeur nous avait fait apprendre par cœur tous les lauréats des prix littéraires de cette année. Même en étant « du métier », j’avais peur de lire un prix. Je m’attendais à du « compliqué », car les préjugés peuvent être tenaces.

Quand Chanson douce a transité entre les mains de mes tantes, de ma mère et enfin les miennes, j’ai sauté sur l’occasion ! J’avais lu le prologue le jour de l’annonce du prix, et je m’étais arrêtée là. Déjà bien traumatisée (enceinte de 8 mois à l’époque, ça n’aidait sûrement pas).
Leïla Slimani a pour moi une plume qui peut ressembler à celle d’Anne B. Ragde. Quelque chose de tranchant, sec et cassant. Il n’y a pas beaucoup de douceur dans son style. Elle colle à son histoire jusque dans sa plume. On découvre cette famille, et d’emblée, on est mal à l’aise. J’avais cette sensation d’être minuscule et de regarder les scènes bizarres de ce ménage, sans que personne ne remarque ma présence. Mais toujours en me sentant à part. Et heureusement…

Myriam veut reprendre le travail. Après deux enfants et quelques années en tant que mère au foyer, elle est sur le point de craquer. La famille engage une nounou, Louise, qui avait fait le bonheur de tant de familles avant eux. Les débuts sont prometteurs, Louise est une personne sérieuse, de confiance et bienveillante envers les enfants, mais aussi les parents. Elle devient vite indispensable, et c’est là que l’horreur se met en place. Enfin, j’imagine.
Dès le départ, on sait que la fin est tragique. Mais comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? L’autrice nous embarque dans la descente aux enfers de cette femme, et dans sa chute, elle prendra bien soin d’emporter cette famille avec elle. Si on soupçonne facilement pourquoi Louise a commis l’irréparable, il n’est pas écrit noir sur blanc. Est-ce ce qui m’a dérangé ? Peut-être. Avais-je besoin que l’autrice me prenne par la main et me montre le moment clé, celui qui ne permettait plus de retour en arrière ? J’imagine. Mais finalement, sans clairement le dire, elle nous montre plein de fois ces moments. La vie de Louise s’écroule petit à petit, et nous, simples spectateurs, avons un avant-goût du pire.

Les parents ne sont pas tout blanc dans l’histoire. Les signes de malaise et de changements chez Louise sont apparents, et ils n’auraient qu’un mot à dire pour la congédier. Mais j’ai ressenti cette sensation de malaise. La garder pour faire bien. La garder, car elle est dans une mauvaise passe. La garder parce que les enfants l’aiment beaucoup. Et nous aussi. Elle fait à manger après tout. Louise enferme la famille sous son joug, sans que celle-ci ne s’en rende vraiment compte. Au moment où Myriam et Paul sentent que la nounou est indispensable, il est déjà trop tard.
Je pense qu’on peut ressortir un peu déçu de cette lecture. Mais plus on va y réfléchir, et plus on va trouver des raisons, des explications. Oui, on doit tirer certaines conclusions nous-mêmes, mais ce n’est pas un mal. Finalement, on avait tout devant les yeux depuis de nombreuses pages.

Et puis, il y a cette manière de nous mettre mal à l’aise avec peu de choses, comme les parties de cache-cache. La carcasse de poulet. Les douches. La sortie au restaurant. Louise nous glace le sang si subtilement qu’on a à peine le temps de réagir, et c’est déjà la fin.


Autrice : Leïla Slimani 
Éditeur : Gallimard
Collection : Blanche
Parution : 18 août 2016
Pages : 226
EAN-13 : 9782070196678
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