lundi 19 mars 2012

Nina par hasard

Auteur : Michèle Lesbre
Edition : Gallimard
Collection : Folio
Parution : 29 septembre 2011
Pages : 182


Nina est apprentie coiffeuse à Roubaix. Sa mère, Suzy, travaille dans une des dernières petites usines textiles du nord de la France. Dans l'univers clos de ces deux femmes, les hommes ne sont que des passions ravageuses pour la mère, des pères impossibles pour la fille. 
Avec son premier salaire, Nina a décidé de souhaiter son anniversaire à Suzy en l'emmenant au bord de la mer. C'était sans compter avec Delplat, le patron cynique qui tous les vendredis vient « se faire rafraîchir » au salon de coiffure, sans compter avec Legendre, le contremaître aux comportements sadiques, ni avec le naufrage des idéaux et des illusions dans le rude monde des adultes. Pourtant les bonheurs fugaces, les bals du dimanche, la belle solidarité des femmes et aussi Arnold, l'ami de Nina, laissent ouvertes les portes d'un ailleurs possible...


Mon avis

Un hasard. Comme quoi ce livre porte bien son titre, car il n’a pas fait beaucoup de bruit lors de sa sortie en grand format, pas plus en poche. Et pourtant il fait partie de ces petits bouquins qui ne payent pas de mine, mais qui cache un univers fabuleux, simple mais envoutant.
Nina accueil le lecteur en route, comme s’il débarquait par hasard dans sa vie, et elle ne lui claque pas la porte au nez, elle le fait entrer, mais ne lui explique que très peu de choses. Continue à vivre sa vie, comme d’habitude et laisse cet étranger la suivre. A travers les méandres de sa vie, les hauts et les bas, surtout les bas.  
Une vie banale, que regardent des yeux peu banals, des yeux curieux et remplient de nouveaux horizons, les yeux de Nina. Qui cherche d’où vient son prénom, dans quelle direction vont sa mère et les hommes qui occupent leurs vies. On sent à travers les mots que choisit l’auteur toute l’importance de ces derniers, toute l’influence qu’ils ont auprès de Suzy. Le dynamisme est lent, mais puissant. Narré avec exaltation. Les pensées de Nina vagabondent d’une page à l’autre, mais chaque fin de chapitre est accompagné d’un paragraphe ou elle parle du présent, où le lecteur se voit re-propulsé avec force et dureté.
La mort est omniprésente, mais survolée, comme si elle n’avait que très peu d’importance. Un passage obligé pour tout le monde. Une réalité qui frappe le lecteur, qui lui assène un coup dans l’estomac en lui rappelant à quel point tout le monde est réduit à la même enseigne. Bons comme mauvais. Forts comme faibles. Hommes comme femmes.
On parle de mort, mais on parle de bonheur également. D’anniversaire. Notre protagoniste peine à trouver un cadeau pour sa mère. Les cadeaux n’ont jamais été une priorité dans leur duo, et pourtant cette fois Nina veut faire quelque chose. Un voyage ? Mais tout s’emballe, tout se précipite, car dans leurs petites vies tranquilles tout s’affolent soudainement. Tout parait simple, mais rien ne l’est. Les différents personnages sont forts, mais très faibles également. Simplement humain. Des humains que l’on ne croise plus beaucoup à travers la littérature actuelle. Nina est étourdie, curieuse, instable, égoïste et généreuse. Elle est tout à la fois.

On sent le vent du nord de cette petite ville qui nous souffle sur le visage. Les flocons qui nous chatouillent. La musique du tourne-disque de Nina qui nous vrille les oreilles. De l’eau salle sur ses mains. Du sang sur ses mains. 

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