lundi 22 mai 2017

Gardiens des cités perdues, tome 1

Depuis des années, Sophie sait qu'elle n'est pas comme tout le monde. Elle se sent à part à l'école, où elle n'a pas besoin d'écouter les cours pour comprendre. La raison ? Elle est dotée d'une mémoire photographique... Mais ce n'est pas tout : ce qu'elle n'a jamais révélé à personne, c'est qu'elle entend penser les autres comme s'ils lui parlaient à voix haute. Un casque vissé sur la tête pour empêcher ce bruit de fond permanent de la rendre folle, elle se promène un matin avec sa classe au musée d'Histoire naturelle quand un étrange garçon l'aborde.
Dès cet instant, la vie qu'elle connaissait est terminée : elle n'est pas humaine et doit abandonner son existence entière pour rejoindre un autre univers, qu'elle a quitté douze ans plus tôt. L'y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis et ennemis, et une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi l'a-t-on cachée dans le monde des humains ? Pourquoi n'a-t-elle que des souvenirs partiels de son passé ?


Mon avis

Cette saga est aimée par beaucoup, j’avais donc de l’appréhension en la commençant. C’est bien connu, plus on me parle positivement de quelque chose, plus j’ai peur d’en attendre trop. Le comble pour une libraire, blogueuse et booktubeuse en fait. Car mon rôle et mon but est de vous donner envie de lire ce que j’ai aimé. Et pourtant, je sais à quel point on peut être déçu par des livres trop encensés. C’est pour quoi j’essaie, même à travers mes coups de cœur, de vous laisser un peu dans le flou, sans trop en dire, mais croyez-moi, c’est difficile. En général quand on aime, on veut en parler tout le temps. Ce qui s’est passé avec beaucoup de lecteurs concernant la série Gardiens des citées perdues. 

Soyons honnêtes, dès le départ, je n’ai pas été emballée par ce premier tome. Je ne suis pas dans l’optique de lire la suite, même si déjà quelques lecteurs ont pu me dire de m’accrocher. En ce moment, ce n’est peut-être pas ce qu’il me faut, je pense donc laisser passer cette série.
Malheureusement, j’ai trouvé que Shannon Messenger avait un univers très brouillon, malgré son imagination. Il y a de très bonnes idées, mais peu de choses sont imagées. J’avais une sensation de flou durant toute ma lecture concernant les lieux où se trouvent les personnages par exemple. L’autrice intègre très vite beaucoup d’éléments du monde des elfes, qui nous sont totalement inconnus et dont on ne connaît pas la forme ni l’utilisation. Si les explications arrivent petit à petit avec les découvertes de Sophie, le personnage central, il y a des choses qui restent très vagues et qui m’auront plus parasité que vraiment apporté de l’intérêt pour l’histoire. 

Les personnages relèvent un peu le niveau. Sophie est une petite fille brillante pour son âge, chez les humains. Sauf qu’elle n’a rien à faire chez eux. Une fois arrivée dans le monde des elfes, elle a tout à apprendre. On la découvre, forcément, dotée de pouvoirs trop puissants pour son âge et des origines obscures et inconnues. Les personnages qu’elle va rencontrer sont pour la plupart pas mal clichés : le gentil garçon/meilleur copain, la meilleure copine qui n’aime personne, le beau gosse à l’humour un peu lourd, le beau gosse tout court et sa sœur. À part Dex (le gentil garçon/meilleur copain), les autres ne m’auront pas marquée. Dex représente pour moi une sorte de Ronald Weasley. Sympa, qui ne s’arrête pas aux apparences et qui essaie tant bien que mal d’aider Sophie à comprendre cette nouvelle vie (le coup du MP3, est l’un des meilleurs passages).
Pour le reste, je suis restée pas mal hermétique à cette histoire. Shannon Messenger envoie beaucoup d’informations et je crois que je ne faisais pas le lien entre tout ça. Il n’y avait pas cette étincelle qui me fait poursuivre une lecture avec envie et avidité. J’étais simplement lasse de reprendre mon livre. J’attendais que les choses se passent, et même quand elles arrivaient enfin, je restais sur ma faim.

L’intrigue n’aura pas su me convaincre. Il y a de bonnes idées, je ne peux pas le nier, mais le monde ne me pas séduite. J’avais l’impression de ne pas être dans la tête de l’autrice, contrairement à d’autres lecteurs, et de ne pas réussir à la suivre. Passer une lecture à essayer de visualiser des lieux et des objets inconnus, car leurs descriptions ne me convainquaient pas, c’est pénible au bout de 500 pages.


Autrice : Shannon Messenger
Editeur : Lumen
Collection : -
Parution : 15 mai 2014
Pages : 515
EAN-13 : 9782371020047

samedi 20 mai 2017

La déclaration, tome 3 : La révélation

Anna et Peter, les deux héros de La Déclaration et de La Résistance, coulent des jours tranquilles en Écosse avec leur fille Molly.
Pendant ce temps, à Londres, un événement affole la puissante société Pincent Pharma, qui commercialise les pilules de Longévité : une étrange épidémie provoque la mort subite de centaines, puis de milliers d'individus. D'abord étouffées par les Autorités, ces disparitions multiples finissent par alerter la population. Pincent Pharma fait alors croire qu'il s'agit d'un attentat de la Résistance, qui aurait empoisonné des lots de pilules, et les Autorités arrêtent Paul, le leader des Résistants.
Le combat pour la perpétuation du règne de Longévité ou pour sa chute commence...


Mon avis

Fin de trilogie ! Je répète : fin de trilogie ! En ce moment, je termine pas mal de séries (grâce à ma bookjar d’ailleurs), et cette fois c’était au tour de La Déclaration de Gemma Malley. Ce dernier tome devait apporter pas mal de réponses, et même si tout s’est passé très vite, j’ai trouvé que le message final était très important.

Un des bémols de ce tome est le rôle d’Anna. Elle est le personnage central du premier tome, on découvre ce monde dystopique avec elle à Grange Hall, l’endroit où sont formés les surplus (enfants nés après la déclaration). Déjà peu présente dans le deuxième tome, vu qu’on s’intéresse à Peter, elle est totalement passive dans le dernier volume. Et c’est bien dommage. On la retrouve dans le rôle de la gentille mère au foyer, alors que j’aurais voulu la voir plus engagée.
Malgré sa présence, Peter n’est pas non plus très attachant. Sa petite vie au calme ne lui convient plus, et il va sauter sur la première occasion pour retourner à Londres et aider les opposants de la Déclaration.

Au final, cette fin est très saccadée, et mal rythmée. Mais son message final est très important. Que ce soit pour notre génération ou les prochaines. On insiste sur le cycle de la vie, mère Nature, etc. L’autrice nous surprend d’ailleurs avec un joli twist final, bien trouvé. Peut-être un peu tiré par les cheveux, mais original. Dommage que le souffle de cette trilogie ne soit pas constant sur les trois tomes, car elle traite d’un sujet intéressant. Mais on se désintéresse rapidement des personnages qui ne sont pas assez accrocheurs.


Autrice : Gemma Malley
Éditeur : Naïve
Collection : Naïveland
Parution : 20 avril 2011
Pages : 334
EAN-13 : 9782350212425

jeudi 18 mai 2017

Vers le zéro déchet : cup et stérilet

Avant de lire cet article, sachez que je ne suis pas sage-femme, ni gynécologue ni d’aucun autre secteur du domaine médical. Je parle simplement en tant que femme.

Dans ma série d’articles vers le zéro déchet, je vais commencer par le plus glamour, aujourd’hui parlons règles et contraception. Deux sujets qui vont de pair et dont on doit toutes s’occuper à un moment ou un autre.

Je vis une histoire très banale avec mes règles. Elles arrivent et elles repartent, dans un cycle bien réglé maintenant, je ne m’en plains pas. Ce qui m’a toujours embêté, c’est le flux de sang constant qui se déverse dans mon slip. À 14 ans, le tampon n’était pas envisageable pour des raisons médicales, et j’ai dû attendre 2 ans avant de pouvoir en mettre. J’étais toute contente, c’était la révolution de ma vie ! Puis les premiers articles démontant cette protection m’ont fait réfléchir, et voir mes petits tampons s’accumuler sur plusieurs jours dans la poubelle de la salle de bain m’aura convaincu : il fallait que je passe à autre chose.
Sans hésiter longtemps, avec l’arrêt de ma pilule en 2014, je suis passée à la cup menstruelle. Je n’invente rien, des articles et des vidéos vous montrant la cup sous tous ses aspects existent par centaines. De mon côté, je trouve que c’est ma bonne solution pour l’instant. Je la plie, je la rentre et quand il faut, je verse le tout dans les toilettes. On rince et c’est reparti (sans oublier de la stériliser avant la première utilisation chaque mois). Certainement que la cup n’est pas parfaite à 100%, avec le temps j’aimerais arriver à me réguler toute seule, pour n’avoir besoin d’aucune protection. En attendant, elle convient très bien à mon mode de vie, autant avant qu’après bébé. 
Mais la cup c'est surtout être à l'aise avec son corps. Ne pas être dégoutée ou avoir peur d'introduire ses doigts dans son vagin. Connaître un peu son flux menstruel pour savoir s'il faudra la vider dans la journée, ou non. Si vous ne le sentez pas, ne vous forcez pas. Les protèges slip lavables et réutilisables existent, c'est aussi une solution vers le zéro déchet et les économies. J'entends souvent dire que la cup c'est cher, juste pour tester. Chanceuse que je suis, j'ai trouvé la bonne du premier coup. Mais j'aurais peut-être eu besoin d'en tester deux. Dans tous les cas, quand on calcul sur le long terme, ça aurait toujours fait moins cher que des boites et paquets de tampons ou serviettes jetables. 



Justement, en parlant bébé, maintenant qu’elle est là, il fallait bien retrouver un moyen de contraception. J’ai arrêté la pilule en décembre 2014, et je m’en portais très bien. M’y remettre ne me tentait pas du tout, j’avais envie de quelque chose de naturel, sans hormones, et qui me permette de batifoler en toute sécurité avec mon conjoint. Si en plus je pouvais éviter de penser à la prendre tous les soirs, et d’amasser des plaquettes vides dans ma poubelle, ça serait encore mieux ! 
Après quelques recherches et demandes d’informations à mon gynéco, je me suis dirigée vers le stérilet au cuivre, qui fonctionne sans hormones, et que je peux laisser en place 5 ans tout en restant protégée. Je rappelle qu’un moyen de contraception est là uniquement pour éviter de tomber enceinte ! Que ce soit la pilule ou le stérilet, ils ne vous protègent pas des maladies sexuellement transmissibles.
Pour une première dans la contraception autre que la pilule, j’en suis très contente. Mon expérience aura été (comme le reste) assez banale. En plein dans mes règles, je suis arrivée au cabinet et hop, en 5 minutes c’était fait. J’avoue que ce n’était pas une partie de plaisir, ça picote 2 secondes, mais c’est vite terminé. Le flux a eu besoin de se stabiliser, mais en 2 – 3 mois le tour était joué et tout était comme avant. 
A ce que je sache, qu'on soit une femme nullipare ou non, le stérilet (avec ou sans hormones) est tout à fait envisageable. Comme souvent c'est plus facile à enlever qu'à mettre. Mais si vous voulez des enfants d'ici 2 ans par exemple, rien ne vous empêche de mettre un stérilet aujourd'hui et de le retirer le moment venu. Comme la cup, c'est un investissement sur le moment, mais qui dure. Mon calcul a été vite fait, à l'année ma pilule me revenait plus cher que 5 ans de stérilet.

L’impact ? Sur ma santé, mon porte-monnaie et ma poubelle. Exit les plaquettes de pilule vides, les serviettes, les tampons qui s’amoncèlent dans la poubelle. Au revoir les hormones, sans qui je vis bien mieux. Et vive les économies !  

Encore une fois, je n’ai pas les compétences pour vous conseiller à ce sujet. C’est très intime. Le mieux est toujours d’en parler avec ses proches ou son médecin. Ces façons de faire me conviennent très bien et s’accordent à ma vie et à ma santé actuelle.  A savoir également, que je n'ai jamais eu de problèmes avec des douleurs à cause de mes règles, et que mon corps accepte beaucoup de choses, sans vouloir les rejeter. 

Mise à jour, 18.05.2017 : dans les commentaires, certaines me précisent que l'usage de la cup n'est plus possible avec la pose d'un stérilet. Après avoir posé la question deux fois à mon gynéco, il m'a assuré pouvoir continuer de l'utiliser. Encore une fois, nous sommes toutes différentes. Peut-être que vous ne pourrez plus utiliser votre cup avec le stérilet, ou peut-être que si. Demandez toujours des précisions à votre gynécologue. 

jeudi 11 mai 2017

Le goût du bonheur, tome 3 : Florent

Les turbulences de la vie et de la guerre ont brisé Adélaïde. Seule la très ancienne affection de Florent éclaire encore ses journées. Et ce dernier, devenu un couturier célèbre dans le monde entier, n'a pas été épargné lui non plus : il entretient désormais une liaison agitée avec un acteur. Il va devoir une fois encore soutenir sa vieille amie car Adélaïde finit par tout apprendre sur son défunt mari... mais est-il encore temps de souffrir ?

Les destins se heurtent et se conjuguent à la recherche d'une sérénité incertaine et toujours dérobée. Même si le sort en est jeté, les personnages ballottés par la vie conservent, envers et contre tout, le goût du bonheur...


Mon avis

Attention, peut contenir des spoils concernant les tomes précédents : Gabrielle et Adélaïde 

1090 pages, et me voilà au bout des aventures de Gabrielle, Adélaïde et Florent. Depuis que j’ai refermé ce troisième tome, je suis en deuil, en quelque sorte. Je lis d’autres choses, mais rien ne me semble à la hauteur. Ces personnages et leurs aventures sont encore trop ancrés en moi pour que je ne pense pas constamment à eux. Ils m’ont apporté tant de joie et de peine, j’ai vécu tellement de choses avec eux, que c’est comme perdre de vue quelqu’un de proche. Ils nous manquent. On se demande ce qu’ils deviennent.

Marie Laberge a réussi à écrire une saga passionnante, qui se déroule sur 40 ans. Les changements et les actions sont minimes, mais ils donnent un rythme soutenu à ces histoires. J’ai eu la chance de la rencontrer lors d’une conférence à la bibliothèque de la ville de Fribourg, le lundi 1er mai. Elle parlait de cette trilogie et de ce qui l’a inspirée. La mode certes, beaucoup à travers Florent, mais surtout la parole des femmes. Les droits qu’elles ont commencé à obtenir. On rencontre Gabrielle, qui est une révolutionnaire inconnue, une femme comme les autres qui, par quelques gestes, attribue une nouvelle place aux femmes. J’aime dire que Gabrielle est l’étincelle et que sa fille Adélaïde est la flamme.

On la retrouve d’ailleurs dans un sale état, notre Adélaïde. La fin du deuxième tome fut un véritable calvaire pour tout le monde. Mais malgré son chagrin, elle reste debout. Fait des erreurs, comme tout le monde, se comporte de manière intempestive et s’excuse. Florent se cherche encore beaucoup. Il est tout aussi atteint par la perte de ces êtres chers, mais rien ne lui fera abandonner son Ada, sa muse de toujours. Son âme sœur. Celle pour qui il donnerait tout. Il va devoir apprendre à se reconstruire lui aussi. Beaucoup grâce à Léa, cette petite fille pleine de vie et de charme. Ses déceptions amoureuses vont lui mener la vie dure. Et puis, il y a Léah, Lili, cette jeune femme qui est une parfaite continuité des idées d’Adélaïde (je pense notamment à sa grande tirade de fin). Rencontrer des personnages, comme ces femmes et ces hommes, ne peut qu’encourager à poursuivre nos rêves, à croire en nous et nos talents. Oui, nous ferons tous des erreurs, comme eux, mais se relever est toujours possible, comme eux.

Merci, Madame Laberge, pour ces messages d’espoir, d’acceptation et d’ouverture d’esprit que vous faites passer à travers vos romans. Cette trilogie est plus qu’une saga familiale, c’est une saga de vie. On apprend tant de choses sur les autres et sur nous-mêmes en les lisant ! J’ai pleuré. Mais j’ai également beaucoup ri. J’ai appris des choses. J’ai réfléchi. J’ai fait tout ça grâce à vos personnages et leurs aventures. J’ai eu peur également. La folie de certains nous met mal à l’aise, mais on n’oublie pas de les aider, comme on peut.

Petit P.S. Merci pour Germaine. Merci de lui avoir accordé cette fin.


Autrice : Marie Laberge
Éditeur : Pocket  
Collection : Best
Parution : 7 juin 2007
Pages : 1103
EAN-13 : 9782266167628



mardi 9 mai 2017

Chanson douce

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Mon avis

La vie est remplie de premières fois, celle d’aujourd’hui est d’avoir lu un prix littéraire. Et pas n’importe lequel, le Goncourt 2016. Je me souviens que ma première année d’apprentie libraire avait été marquée par Alabama Song de Gilles Leroy. C’était en 2007, et notre professeur nous avait fait apprendre par cœur tous les lauréats des prix littéraires de cette année. Même en étant « du métier », j’avais peur de lire un prix. Je m’attendais à du « compliqué », car les préjugés peuvent être tenaces.

Quand Chanson douce a transité entre les mains de mes tantes, de ma mère et enfin les miennes, j’ai sauté sur l’occasion ! J’avais lu le prologue le jour de l’annonce du prix, et je m’étais arrêtée là. Déjà bien traumatisée (enceinte de 8 mois à l’époque, ça n’aidait sûrement pas).
Leïla Slimani a pour moi une plume qui peut ressembler à celle d’Anne B. Ragde. Quelque chose de tranchant, sec et cassant. Il n’y a pas beaucoup de douceur dans son style. Elle colle à son histoire jusque dans sa plume. On découvre cette famille, et d’emblée, on est mal à l’aise. J’avais cette sensation d’être minuscule et de regarder les scènes bizarres de ce ménage, sans que personne ne remarque ma présence. Mais toujours en me sentant à part. Et heureusement…

Myriam veut reprendre le travail. Après deux enfants et quelques années en tant que mère au foyer, elle est sur le point de craquer. La famille engage une nounou, Louise, qui avait fait le bonheur de tant de familles avant eux. Les débuts sont prometteurs, Louise est une personne sérieuse, de confiance et bienveillante envers les enfants, mais aussi les parents. Elle devient vite indispensable, et c’est là que l’horreur se met en place. Enfin, j’imagine.
Dès le départ, on sait que la fin est tragique. Mais comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? L’autrice nous embarque dans la descente aux enfers de cette femme, et dans sa chute, elle prendra bien soin d’emporter cette famille avec elle. Si on soupçonne facilement pourquoi Louise a commis l’irréparable, il n’est pas écrit noir sur blanc. Est-ce ce qui m’a dérangé ? Peut-être. Avais-je besoin que l’autrice me prenne par la main et me montre le moment clé, celui qui ne permettait plus de retour en arrière ? J’imagine. Mais finalement, sans clairement le dire, elle nous montre plein de fois ces moments. La vie de Louise s’écroule petit à petit, et nous, simples spectateurs, avons un avant-goût du pire.

Les parents ne sont pas tout blanc dans l’histoire. Les signes de malaise et de changements chez Louise sont apparents, et ils n’auraient qu’un mot à dire pour la congédier. Mais j’ai ressenti cette sensation de malaise. La garder pour faire bien. La garder, car elle est dans une mauvaise passe. La garder parce que les enfants l’aiment beaucoup. Et nous aussi. Elle fait à manger après tout. Louise enferme la famille sous son joug, sans que celle-ci ne s’en rende vraiment compte. Au moment où Myriam et Paul sentent que la nounou est indispensable, il est déjà trop tard.
Je pense qu’on peut ressortir un peu déçu de cette lecture. Mais plus on va y réfléchir, et plus on va trouver des raisons, des explications. Oui, on doit tirer certaines conclusions nous-mêmes, mais ce n’est pas un mal. Finalement, on avait tout devant les yeux depuis de nombreuses pages.

Et puis, il y a cette manière de nous mettre mal à l’aise avec peu de choses, comme les parties de cache-cache. La carcasse de poulet. Les douches. La sortie au restaurant. Louise nous glace le sang si subtilement qu’on a à peine le temps de réagir, et c’est déjà la fin.


Autrice : Leïla Slimani 
Éditeur : Gallimard
Collection : Blanche
Parution : 18 août 2016
Pages : 226
EAN-13 : 9782070196678

dimanche 23 avril 2017

146298

« La fille met des gants. Elle applique la feuille, appuie dessus avec le plat de sa main et la retire lentement. Je regarde.
Mon avant-bras.
C'est là.
Le motif apparaît. Les chiffres.
La succession froide que je connais par coeur.
Ce que ce tatouage va révéler a toujours existé. »


Mon avis

Dans le cadre du Salon du livre de Genève 2017, je vais rencontrer Rachel Corenblit. Pour préparer cette interview, on m’a envoyé son roman 146298, petit texte paru dans la collection D’une seule voix chez Actes Sud Junior.

65 pages, c’est court. Et j’avais peur de ne pas réussir à entrer dans l’histoire en si peu de pages. Pourtant, l’autrice réussit l’exploit d’embarquer son lecteur dès la première ligne. Cette succession de chiffres est un mystère, mais chaque page nous rapproche de la dure vérité.
On découvre une relation également, celle de la petite-fille et de sa grand-mère. La vie. Les souvenirs. L’oubli. La liberté.

C’est un texte poignant. Qui met en avant un pan de l’histoire qu’on n’oubliera jamais. Mais aussi la recherche d’identité d’une ado qui ne comprend pas encore. Qui essaie de vivre ce qu’on ose à peine imaginer. Elle va jusqu’à tester ses limites pour ressentir l’atrocité des souvenirs de sa grand-mère.

65 pages qui restent gravées dans notre mémoire.
Comme les chiffres tatoués sur la peau.


Autrice : Rachel Corenblit 
Editeur : Actes Sud Junior
Collection : D'une seule voix
Parution : 2 septembre 2015
Pages : 65
EAN-13 : 9782330053758 
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...