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mardi 14 mars 2017

La langue des bêtes

Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l'orée d'une forêt sombre et profonde : c'est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d'histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l'école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Dans la lignée du Coeur des louves, son précédent roman, Stéphane Servant nous raconte une fable envoûtante. Au travers du regard décalé d'une enfant sauvage, fille d'une funambule et d'un ogre, il nous convie à croire à la magie des histoires.


Mon avis

Après un gros coup de cœur pour Lecœur des louves, j’attendais beaucoup de ce nouveau roman de Stéphane Servant. Il me l’avait d’ailleurs spécialement dédicacé.
Je suis entrée dans cette histoire avec la même envie de découvrir cette magie mystique qui habitait les personnages de son précédent roman. Il y avait un véritable message pour moi.

Le style de l’auteur ne change pas beaucoup ici. Toujours cette barrière très floue entre la magie et le réel. On se demande toujours ce qui est vrai, et ce qui n’est qu’une métaphore. Petite et les membres du cirque jouent beaucoup sur ces légendes, qu’ils racontaient durant leurs représentations. Encore une fois, j’ai trouvé la plume très poétique, et en accord avec l’histoire. Malheureusement, je n’ai pas ressenti le même frisson que pour Le cœur des louves. Étrangement, j’ai trouvé cette histoire trop compliquée, avec beaucoup de métaphores, pas toujours évidentes à deviner. On avance justement toujours dans un gros brouillard, sans trop savoir ce qui est vrai ou faux.

Petite est le personnage le plus touchant. La plus honnête aussi, finalement. Celle qui colle le mieux à son environnement. Elle n’a toujours connu que ce terrain vague où le cirque a élu domicile avec ses caravanes depuis des années, depuis sa naissance. Elle est à moitié sauvage, car elle n’a connu que cette manière de vivre. Je n’ai rien ressenti de spécial la concernant, je me sentais très distante d’elle, ou des autres membres du cirque. Mais elle est la plus fidèle de tous les personnages. Celle qui croit jusqu’au bout à la Bête, qui essaie le plus de choses pour sauver les siens. Donc même si je me suis sentie très éloignée d’elle, elle a tout mon respect et je la trouve très humble finalement, car sincère envers elle-même et ceux du cirque. Contrairement au reste de la troupe, qui s’est, pour moi, tellement caché dans ses mensonges qu’il ne voit plus la vérité. Leur manière de faire trop vivre ces légendes jusqu’à l’excès ne m’a pas convaincu. Je ne comprenais pas l’avantage qu’ils en tiraient. Leur vie est difficile, pleine de mensonges et de zones d’ombre.

Il y a presque plus de magie dans ce roman, que dans le précédent. C’est peut-être ce qui m’a perdu au bout d’un moment. Je ne voyais pas où voulait aller l’auteur. Il y avait beaucoup de mystère pour peu de choses finalement. Des états d’esprits très embrumés. L’histoire de la bête m’aura laissé de marbre, jusqu’au bout je crois ne pas avoir compris sa référence, l’image qu’elle est censée renvoyer.

Dommage, car j’étais bien partie. J’essayerai sans doute autre chose de cet auteur, car sa plume m’avait vraiment charmée dans Le cœur des louves, faisant de ce roman mon favori de 2016. Mais voilà, ça ne peut pas marcher à tous les coups.


Auteur : Stéphane Servant
Éditeur : Le Rouergue
Collection : -
Parution : 19 août 2015
Pages : 443
EAN-13 : 9782812609268  

mardi 21 juin 2016

Le coeur des louves

Auteur : Stéphane Servant
Editeur : Rouergue
Collection : DoaAdo
Parution : 21 août 2013
Pages : 541
EAN-13 : 9782812605581

Célia est arrivée seule, à la fin de l'été.
Livrée à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son Iac Noir.
Leur retour réveille de vieilles histoires.
Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse.
Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours.
On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut.
Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions.
Et se faire louve pour ne pas être proie.


Mon avis



Est-ce qu’on devine un coup de cœur ? Est-ce qu’en commençant un livre on espère qu’il en sera un ? Je ne savais, pour ma part, encore rien du Cœur des louves de Stéphane Servant. J’avais lu la quatrième, certainement, avant de l’acheter, mais c’était il y a un moment. Et si un livre se trouve dans ma PAL, c’est pour une bonne raison en général, je n’ai donc pas besoin de relire le résumé.

Dans ce livre, j’ai découvert bien plus qu’une histoire passionnante, j’y ai découvert une plume. Une plume complexe, qui ne prend pas son lectorat pour des débiles. La collection Doado est peut être faite pour les adolescents, mais les textes qu’ils y proposent peuvent, souvent, facilement être lus par un lecteur plus âgé. Je suis certaine que ma mère adorerait ce livre d’ailleurs. Stéphane Servant ne cherche pas à simplifier son histoire, il l’écrit sûrement comme elle lui vient. Son héroïne est une adolescente, d’accord, mais pas une sous-douée pour autant. Oui, peut être que des fois il s’attarde trop sur des passages insignifiants qui n’apportent au final aucun plus à l’histoire, mais on sent qu’il aime jouer avec les mots et les nuances qu’ils peuvent provoquer. Son roman est à la fois dur et poétique. Un rocher pointu enveloppé de plumes.

Célia arrive au village de sa grand-mère. Elle est la première sur les lieux, sa mère Catherine la rejoindra d’ici un jour ou deux. Même si Célia connaît ce village pour y être venue durant les vacances chez sa grand-mère Tina, elle doit maintenant le redécouvrir par ses propres moyens. Tina est décédée, et avec elle tous les secrets du passé se sont retrouvés enterrés dans une vieille chambre, fermée à clé. Mais sur son passage, la jeune fille sent que quelque chose cloche. Les gens la regardent de biais, et elle comprend rapidement que sa grand-mère était traitée comme une sorcière et une putain. Célia décide de comprendre ce qui a bien pu se passer, des années auparavant.
On entre alors dans le vif du sujet, avec des flash-back à la première personne qui commencent à nous donner des indices. Célia, curieuse, qui pose de plus en plus de questions, rassemble et recolle les morceaux. Tina, l’étrangère qui vient du Nord. Les loups qui hantent ce village de montagne. Les hommes craintifs face à ces bêtes, face à la guerre… face aux femmes. Puis dans le présent, Alice, la fille du moulin, qui gambade la nuit dans la forêt. Catherine et son nouveau roman qu’elle tient à garder secret. Tout est de trop pour paraître normal. Puis enfin, la lumière se fait. Comme un lever de soleil, progressivement, les nœuds du passé se dénouent.

Comment ne pas succomber à cette histoire ? Elle dénonce la faiblesse des hommes. La peur de voir une femme qui ne les craint pas, qui ne se soumet pas et qui ne les écoute pas. Comment des années plus tard, les générations futures de ces mêmes hommes, sont toujours possédés par les mêmes peurs. Veulent toujours garder les femmes dans l’ignorance pour qu’elles ne tentent pas de se rebeller. À cela s’ajoute la peur du dehors, de ce qui ne vient pas du village. « Car tant que nous sommes entre nous, rien ne peut nous arriver », tout est sous contrôle, le monde leur appartient. Un monde si petit. Qui s’effrite…
On retrace également les failles de l’adolescence. La transformation du corps et de l’esprit. Comment tout se met à tanguer à cet âge-là. L’auteur utilise une image splendide pour décrire l’évolution et les moments de recherche d’Alice et Célia. Puis enfin, la famille. Le centre même de cette histoire.

L’ambiance de ce roman est mystique. J’ai aimé découvrir ce village, presque englouti par la montagne. On croit que le temps s’y est arrêté, que ce soit dans les mentalités, ou dans les décors. Tout est à sa place, et pour le mieux, ne devrait pas en bouger. Puis les forêts, le lac Noir, et les bêtes. L’atmosphère idéale, pour un roman hors du commun. Des secrets et des révélations, des mensonges et des faux espoirs. J’ai succombé au Cœur des louves, je le sais, car ma tête ne peut s’empêcher de penser à lui, de rejouer certaines scènes, de repenser à ces personnages.
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